La diversité des langues bémiléké du Cameroun

Alors que les travaux de Dieudonné Toukam sur ce groupe de langues camerounaises ont porté un nouveau regard sur l’origine de ce peuple et de ses différents dialectes, les différences qu’elles portent marquent aussi l’histoire de ce peuple, première ethnie du Cameroun. De nos jours, on estime que 3 millions de personnes sont locuteurs d’une des formes du groupe linguistique bémiléké.

 

Les Bémiléké, peuple des Grassfields venu de la Haute-Egypte

Afin de comprendre la diversité linguistique de l’ethnie Bémiléké, il est nécessaire d’en connaître l’histoire.

Selon Toukam, les Bémiléké seraient issu des peuples autochtones de la Haute-Egypte, les Baladis, qui auraient suivi une longue migration depuis le 9e siècle jusqu’à leur arrivée dans la région Tikar au 12e siècle. Fuyant les conversions forcées à l’Islam et l’esclavagisme, ils se posèrent finalement dans la région des Grassfields.

On estime ainsi que l’ensemble des groupes de cette ethnie devaient parler une langue commune jusqu’au 14e siècle, au moment où le dernier souverain Bémiléké, dans la région du Tikar, disparaît. Deux langues finissent par se distinguer, avec d’une part le bémiléké-bafoussam, et le bamoun d’autre part, marquant aussi des différences religieuses, souvent entre le christianisme et l’islam.

 

Les locuteurs de langues semi-bantous

Le bantou représente un groupe linguistique complexe, dont l’aire d’influence s’étend sur une grande partie de la superficie du continent africain.

Ainsi selon le linguiste Joseph Greenberg, l’origine de ces langues se trouveraient même dans la région des Grassfields, exactement là où se situe la cœur de l’ethnie Bémiléké.

Cependant, les langues bémiléké, issu du groupe nigéro-congolais, comme le bantou, ne sont pas au sens stricto sensu descendantes ou totalement affilié à ce dernier groupe linguistique.

 

Une classification en plusieurs sous-groupes

Alors que la Société Internationale de Linguistique (SIL) divise les langues bémiléké en 11 dialectes, avec le ghomala, le nufi, le nda’nda, le yemba, le medumba (bien que parfois rattaché à la langue nun), le kwa, le ngwe, le mengaka, le ngiemboon, le ngomba et le ngombale, de son côté Toukam estime que seul cinq groupes se distinguent. Il détaille ainsi le ghom’a-lah, le medumba, le fè-fèè (nufi dans le classement de la SIL), le yemba et le ngombaa.

L’ensemble de ses dialectes se localisent, au Cameroun, dans une zone recouvrant l’Ouest et une partie de la région Littoral du pays.

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